Fiche pédagogique: les stéréotypes
Les fiches pédagogiques qui accompagnent chacun des épisodes du balado s’adressent principalement aux intervenant.e.s de milieu jeunesse et ont pour objectif de les renseigner sur les enjeux liés à la sexualité humaine, et plus spécifiquement ceux de la diversité sexuelle et de genre.
Retrouvez le contenu de la fiche d’intervention ci-dessous, ou en version PDF téléchargeable.
L’épisode 3 du balado Seggs* sur les stéréotypes se trouve ici.
Seggs* est un projet de Les 3 Sex*, financé par le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie du Québec/Secrétariat à la condition féminine.
Comment les stéréotypes peuvent varier en fonction de l’intersectionnalité?
Le troisième épisode illustre bien les différents stéréotypes auxquels sont confronté.e.s les jeunes de la diversité sexuelle et de genre (DSPG). Au-delà des conséquences plus générales de ces stéréotypes, il est important de souligner que plusieurs jeunes de la DSPG font aussi partie de groupe(s) minoritaire(s) (jeunes racisé.e.s, jeunes en situation de handicap, jeunes neurodivergeant.e.s, etc.). Cela les place à une intersection très unique et d’autant plus marginalisante, notamment par la multiplicité des étiquettes qu’on leur appose. C’est le cas pour les personnes queer racisées, qui sont souvent victimes d’objectivation ou même de fétichisation basée sur des stéréotypes liés à leur ethnicité, leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre (Sequeira-Tardif, 2023).
Par exemple, une étude de Huang et Fang (2019), démontre que plusieurs hommes asiatiques de la communauté des HARSAH* se sentaient moins désirés dû à plusieurs stéréotypes à leur égard, notamment en lien avec leurs pratiques sexuelles et leurs attributs physiques. De plus, on peut noter les effets négatifs de ces stéréotypes par le fait que les jeunes femmes lesbiennes de couleur tardent davantage le moment de leur coming-out (Rosario et al., 2004). Il est donc important de saisir l’ampleur de l’impact des stéréotypes chez les personnes se trouvant à l’intersection de plusieurs discriminations
sociales.
*hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes.
Représentation des personnes queer dans les médias
Bien qu’il soit favorable de voir une augmentation des représentations positives des relations amoureuses ou amicales queer dans les médias, il est important de comprendre l’impact que certaines représentations négatives et stéréotypées ont sur la vie des personnes de la DSPG. En effet, depuis longtemps, les personnes de la DSPG sont représentées de manière incomplète, stéréotypée et négative (Veera, 2023). Pour ne nommer que quelques exemples de ces représentations on pourrait retrouver :
- la femme lesbienne comme objet de désir (Blidon, 2006),
- l’homme blanc, homosexuel, de classe moyenne qui est maniéré (Svensson, 2021);
- la personne bisexuelle, belle, attirante… mais vilaine (Svensson, 2021).
Ces stéréotypes ou visions réductrices des personnes queer, même si elles sont minimes dans nos médias populaires, renforcent un sentiment d’invisibilité et d’exclusion (Thomson, 2021). Inversement, Veera (2023) stipule que des représentations authentiques des expériences des personnages queer peuvent aider les gens à déconstruire leur homophobie intériorisée. Pour ce qui est des adolescent.e.s, ils/elles/iels peuvent se sentir plus sécures dans leur identité et par le fait même, diminuer les risques de dépression ou de tentative de suicide (Veera, 2023).
Lexique de l’épisode
→ On dit d’une personne qu’elle présente des stéréotypes lorsqu’elle associe ou appose automatiquement une caractéristique à une personne, seulement parce qu’elle fait partie d’un groupe de personnes spécifiques (Jeunesse, J’écoute, 2023). D’autre part, la fétichisation correspond au fait d’objectiver une personne – la rendre objet sexuel – sur la base d’une caractéristique spécifique, telle que la race, l’identité de genre, le physique, etc. (Gassam Asare, 2021). On peut donc comprendre qu’il existe une corrélation entre ces deux termes; les stéréotypes apposés à certains groupes de personnes les réduisent à certaines caractéristiques contraignantes (Tanner, 2022).
→ Le terme intersectionnalité, phénomène théorisé par Kimberly Crenshaw, signifie qu’une personne vivra différents niveaux de privilèges ou d’oppressions, selon son positionnement social : son âge, son sexe, son genre, son orientation sexuelle, sa religion, son ethnicité, sa classe sociale, ses capacités physiques ou intellectuelles et plus encore. L’intersectionnalité explique que les différents axes d’oppressions vont se multiplier et s’inter-influencer, plutôt que simplement s’additionner. Prenons en exemple une femme cisgenre lesbienne racisée, qui peut vivre du sexisme, de l’homophobie ainsi que du racisme. Cette femme ne vit pas séparément ces trois oppressions, mais plutôt la combinaison unique de celles-ci. L’intersectionnalité permet de mieux comprendre les enjeux de pouvoirs et d’inégalités dans la société, mais aussi de prendre conscience des mécanismes d’oppressions qui briment le vécu de chaque individu (Hankivsky, 2022).
Réflexions
Cette section se veut un levier de réflexions pour les professionnel.le.s oeuvrant auprès des jeunes. Voici quelques questions sur les stéréotypes qui favoriseraient une introspection afin d’améliorer ou bonifier vos approches professionnelles d’intervention en éducation à la sexualité.
- Quels sont les stéréotypes courants au sujet des jeunes appartenant à la diversité sexuelle et de genre?
- Qu’est-ce que je peux faire pour déconstruire tout type de stéréotypes lors de mes interventions?
- Qu’est-ce que je peux faire pour déconstruire tout type de stéréotypes lorsque je donne de l’éducation à la sexualité
- Dans ma vie personnelle et professionnelle, de quelles manières je véhicule des stéréotypes? (propos, réactions, etc.)
- Quel(s) film(s) ou série(s) ai-je écouté/vu dernièrement qui montraient de bons et positifs exemples de jeunes de la diversité sexuelle et de genre? Pourquoi étaient-ils/elles/iels de bons exemples?